|
L’atmosphère d’une famille/âme chrétienne Le Concile Vatican II compare le foyer chrétien à une petite église, dite domestique : « Cette mission d’être la cellule première et vitale de la société, la famille elle-même l’a reçue de Dieu. Elle la remplira si par la piété de ses membres et la prière faite à Dieu en commun elle se présenté comme un sanctuaire de l’Eglise à la maison... » (Apostolicam actuositam 11). L’atmosphère qui règne dans la famille, a donc une importance primordiale, non seulement pour les membres de la famille, mais aussi pour le monde. Si l’atmosphère est saine, alors la présence de Dieu peut s’y faire plus forte, moins elle sera saine, moins l’oeuvre de Dieu pourra s’y accomplir.
Ce texte, tiré des Colloques de Marcel Van, peut guider notre méditation, c’est Jésus qui parle. Les âmes qui m’aiment doivent être considérées comme autant d’atmosphères saines qui permettent à mon amour de respirer et de vivre dans le monde... S’il n’y avait pas dans le monde ces atmosphères saines, mon amour y mourait asphyxié. Et si mon amour mourrait dans le monde, quel autre amour trouver qui serait capable de soutenir le monde ? Restant sans soutien, le monde ne pourrait que sombrer dans le feu de l’enfer... Ô petite atmosphère de mon amour, il me faut respirer par toi ; deviens pour moi une atmosphère toujours salubre. Mon enfant, quand je te respire, j’aspire en même temps dans mon amour les autres atmosphères vivifiantes. Ô petite atmosphère de mon amour, le monde a vraiment besoin d’un grand nombre d’âmes qui m’aiment, il a besoin de ces atmosphères salubres qui permettent à mon amour de respirer. Sans cela, il est perdu. Si l’on constate que mon amour est si faible dans le monde, c’est uniquement parce qu’il ne s’y trouve qu’un petit nombre d’âmes qui m’aiment et se sacrifient pour mon amour...61 Mon enfant, veille à ce que j’aie beaucoup de bon air à respirer ; c’est à cette condition, ne l’oublie pas, que le monde pourra échapper à la perdition. Fournis-moi donc beaucoup de ce bon air car plus mon amour sera fort dans le monde, plus aussi le monde sera stable. Et même si l’enfer vomit sa fumée sur le monde, il ne pourra le faire mourir asphyxié car il sera déjà embrasé du feu de mon amour contre lequel la fumée de l’enfer ne peut rien. Mon enfant, si jamais tu vois mon désir réalisé, tu sauras alors que mon amour est au comble de la joie... (col 72-73) L’âme qui aime, et qui prie est une atmosphère saine, c’est-à-dire un lieu où Dieu peut venir habiter. « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14, 23) Cette habitation de la Trinité dans l’âme du fidèle peut aussi s’appliquer au foyer humain, image de la Trinité. C’est l’amour Créateur et recréateur fait tenir le monde. Sans son soutien, en effet, le monde sombrerait sous les coups de l’ennemi qui n’a de cesse que de détruire l’oeuvre de Dieu. « C’est en la divinité en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être. » (Ac, 17, 28) Oublier Dieu, revient à se couper de lui et par conséquence à se couper de la source de la Vie, c’est donc la mort. Tel est l’enjeu du combat spirituel dont le monde, nos familles et finalement notre coeur sont le champ de bataille. Jésus dit à Van une chose extrêmement simple, il compare ici le combat à un étouffement progressif. Les âmes sont les poumons du monde, si elles ne respirent plus d’air frais -l’amour de Jésus, c’est-à-dire l’Esprit-Saint-, le monde va peu à peu dépérir et mourir étouffé. « Si l’on constate que mon amour est si faible dans le monde, c’est uniquement parce qu’il ne s’y trouve qu’un petit nombre d’âmes qui m’aiment et se sacrifient pour moi. » Alors, comment s’étonner qu’un jour Jésus dise à Van « Les vacances d’été approchent, je veux avoir plusieurs villas bien aérées pour aller m’y reposer. » Ces villas sont précisément ces atmosphères saines ou l’amour de Jésus peut se manifester sans crainte d’y être rejeté. Et comment maintenir une telle atmosphère ? Par les soupirs d’amour, écoutons la définition qu’en donne Jésus : « Marcel, je vais t’apprendre maintenant comment « soupirer d’amour » pour moi. Oh ! Marcel ! Soupirer d’amour pour moi, consiste à envelopper chacun de tes soupirs de tout l’amour dont tu es capable, pour me les offrir ensuite. Ces soupirs, s’envolant vers moi, dégagent un parfum suave qui m’enivre et m’attire. Je cherche alors l’endroit d’où me viennent ces soupirs et, quand je l’ai170 trouvé, je me tourne dans cette direction pour jouir de ce parfum qui m’attire de plus en plus près de lui. Arrivé tout près, j’aperçois la fleur au suave parfum, je m’empresse de la cueillir avec joie et je l’emporte pour m’amuser. Quand j’en ai assez de m’amuser, je l’enferme au fond de mon coeur de sorte que cette fleur devra y reposer en paix durant l’éternité. » Col 193 Si les « soupirs d’amour » sont une belle façon de prier, il ne faut pas négliger ces temps de prière communautaire, dont les principaux sont liturgiques. La messe dominicale, quotidienne pour ceux qui le peuvent, est par excellence La Prière, dont le fruit est la communion, non seulement sacramentelle (ou par le désir, si cette dernière n’est pas possible) mais aussi la source d’accroissement de la communion des époux et de la famille. La méditation et la récitation du psautier (Liturgie des heures) est un autre lieu d’accueil de la Parole de Dieu, les psaumes, en nous entrainant au plus profond du coeur humain dont ils expriment tous les sentiments, nous plongent, en fait, au coeur même de la Trinité. La récitation de l’office liturgique est donc le lieu même de la purification des atmosphères, car en priant avec ces paroles, ce sont tous les soupirs du coeur humain (les nôtres, personnels, mais aussi ceux du monde et en particulier ceux des hommes qui ne savent pas ou ne peuvent pas prier) que nous portons et que nous offrons au Seigneur après les avoir enveloppés de tout l ’amour dont nous sommes capables, pour reprendre la formulation de Jésus. Ainsi attiré, l’amour de Jésus peut venir faire son oeuvre, tout en respectant nos libertés. D’où l’importance des lieux de prière contemplative, d’où l’importance de la prière familiale, de la prière du couple. Plusieurs éléments peuvent rendre insalubre l’atmosphère : 1) Le péché, c’est-à-dire ce refus de faire le bien. Mais il y a la possibilité du pardon. Il peut-être parfois plus difficile de le demander que de l’accorder. Cet élément est le plus facile à identifier. 2) L’impureté, autrement dit ce qui ne respecte pas la pureté des choses et des personnes, c’est-à-dire leur être propre. Je pense ici à toute chosification des personnes, toute dépersonnalisation qui nous fait déconsidérer la personnalité propre de notre prochain (à commencer par le conjoint, ou les enfants). Autrement dit toute forme de négation de l’être propre de chacun. Et cela peut-être vrai, de façon plus grave encore, avec Dieu. 3) Le scrupule qui empoisonne la conscience en remettant en cause la décision prise, et finalement en allant chercher une faute là où il n’y en a pas. Alors l’âme, toujours troublée, ne peut accueillir l’ « amour de Jésus » ni son prochain. Le couple humain est image de la Trinité : certes l’épouse ne vient pas de l’époux, ni l ’époux de l’épouse, mais le don réciproque de l’homme et de la femme les fait devenir époux et épouse. L’amour qui relie les époux, est image de l’Esprit d’amour qui, dans la Trinité procède du Père et du Fils. De la qualité de cet amour, qui est appelé à grandir tout au long de la vie des époux, jaillit la fécondité et en tout premier lieu les enfants. Ainsi donc, quand les petits demandent à leurs parents d’où ils viennent, il ne s’agit pas d’abord de biologie, mais bel et bien de ce mystère de l’amour conjugal, commencé au premier regard amoureux. De son époux, la femme attend la sécurité de l’autorité, non pas pouvoir absolu mais charisme pour le service de la communion conjugale et familiale. De l’épouse, l’homme attend la chaleur de l’amour qui sans cesse le ramènera à l’essentiel, non pas le faire mais l’être. Sentinelle de l’invisible, l’épouse, la mère a pour mission d’être témoin de cet invisible qui est l’essentiel parce que plénitude de vie. La vie spirituelle de chacun est un secret avec Dieu, il n’y a pas à comparer les cheminements, mais à s’entraider sur le chemin qui mène au Père. Ainsi se purifie non seulement l’atmosphère de chaque âme, mais aussi celle du couple. L’Esprit-Saint peut alors agir plus librement et faire grandir la communion familiale. De quoi mon coeur est-il donc encombré ? Quelles sont les choses qui faussent ou qui empêchent l ’écoute de mon conjoint, de mes enfants, de Dieu ? Bref l’atmosphère de mon âme est-elle polluée, salubre ou vivifiante ? De belles questions à se poser à l’heure de l’examen de conscience. On aime à présenter Marie comme image de l’Église. Analogiquement, la femme est image de l’ecclesiola, qu’est la famille dans laquelle l’homme est le représentant du Père, et à ce titre il tient dans la famille la place qu’à le prêtre dans l’Église tandis que la femme tient celle de Marie. Époux et épouse, par leur communion d’amour, ont mission de maintenir au sein de leur foyer cette belle atmosphère de paix et de joie, signe de la présence de l’Esprit-Saint, garant de cette atmosphère divine qui règne au sein de la Trinité très sainte. |