L'éducation des enfants à l'école de St BenoîtCinquième et dernier épisode 7. Les choses matérielles
Et pour que l’Abbé ne soit pas tenté de se préoccuper à l'excès de la modicité éventuelle des ressources du monastère, il se souviendra qu'il est écrit : “Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît”. Et encore : “Rien ne manque à ceux qui le craignent.” (2, 35-36) Les besoins matériels sont souvent une source d’inquiétude. Avec le remède de l’Ecriture, saint Benoît exhorte le père Abbé à la confiance au Père du Ciel. C’est d’ailleurs sur elle qu’est bâtie le ménage chrétien. Le chapitre sur le cellérier, c’est-à-dire l’économe, du monastère donne quelques enseignements sur la juste attitude à développer par rapport aux biens de ce monde. Que le cellérier considère tous les objets et tous les biens du monastère comme s'il s'agissait des objets sacrés de l'autel. Qu'il ne tienne rien pour négligeable... mais qu'il fasse toute chose avec mesure. (31, 10-11)
La première attitude est celle du respect des choses matérielles, car elles nous sont confiées par Dieu pour accomplir notre service, notre travail, notre mission, celle de gérer la terre selon le premier récit de la création (Gn 1, 28). Si un enfant n’est pas capable de prendre soin de son cartable, de ses vêtements, comment le sera-t-il plus tard du bien commun, de ses amis, de son conjoint ? Cette attitude fondamentale rappelle que nous n’avons rien à nous mais que tout est donné par le Père pour que nous vivions. Il faut donc à l’enfant découvrir la valeur de l’objet, celle du travail pour le fabriquer ou pour pouvoir l’acquérir. Cette attitude de respect, en passant par l’objet, s’adresse plus profondément à ceux qui l’ont imaginé, fabriqué et finalement au Père de qui vient tout bien.
Il est parfois difficile à des parents de refuser à leurs enfants ce qu’ils demandent. Au monastère il en va de même : Si le cellérier ne peut accorder ce qu'on lui demande, qu'il donne au moins une parole aimable, ainsi qu'il est écrit : “Une bonne parole vaut mieux que le don le meilleur” (31, 13-14) Avec finesse, nous voyons ici combien la relation personnelle est primordiale, le don le plus important est celui de la parole, celui de la personne à la personne. L’enfant peut comprendre que tout ne peut pas être acheté, obtenu. En revanche, il ne peut pas comprendre l’absence d’intérêt de ses parents. L’attention dont il a besoin est ce don le meilleur qu’il ne cesse de demander car il en a un besoin vital pour grandir.
Saint Benoît, en s’appuyant sur l’Ecriture sainte, demande cependant à l’Abbé que veiller à ce que chacun aie selon ses besoin, et surtout qu’il évite de comparer avec les autres : Celui qui a besoin de moins, qu'il rende grâce à Dieu, et qu'il ne s'attriste pas. Celui à qui il faut davantage, qu'il s'humilie pour sa faiblesse... (34, 3-4) Chacun est en effet différent, et la gestion de cette différence entre les enfants, y compris pour les dons, leur apprend à être toujours heureux en les libérant de la comparaison avec l’autre qui est si souvent mortifère.
8. En conclusion
Ce bref parcours de la Règle, déjà conséquent, donne une idée de la manière dont elle peut être actualisée pour des familles. Les chapitres sur les instruments des bonnes oeuvres (5) et sur l’humilité (7) n’ont pas été cités, il aurait été trop long de les commenter ici tant ils sont prégnants du mystère de la vie chrétienne que saint Benoît veut nous transmettre.
Bossuet disait de la Règle qu’elle est un “pressis de l’Evangile”, signifiant par là le suc obtenu après pression, elle se révèle aussi, de par sa grande connaissance du coeur de l’homme, un précis d’éducation.
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