L'éducation des enfants à l'école de St BenoîtQuatrième épisode4. La prière Saint Benoît finit la description de la structure de l’office par un court chapitre (20) “la révérence dans la prière”. La prière doit faire partie du rythme de vie d’une famille chrétienne. Il y a certes la messe du dimanche, mais aussi la prière familiale qui modèlera la prière personnelle de chacun. Notons simplement les remarques de saint Benoît.
Ce n'est pas dans un flot de paroles mais dans la pureté du cœur et les larmes de la componction que nous serons exaucés. (20, 3) La pureté rejoint ici la simplicité de cœur, cette simplicité d’où est bannie toute duplicité. La componction, cette piqûre de l’âme qui fait comprendre l’horreur du péché, est l’expression du remords, du regret, de la douleur liés au péché, elle provoque en même temps à renouveler sa confiance en Dieu.
Parce que cette attitude est élevée, elle ne peut durer longtemps, aussi Benoît précise : C'est pourquoi la prière doit être brève et pure, sauf le cas où elle se prolongerait sous l'effet d'un sentiment inspiré par la grâce divine. (20, 4)
Au chapitre 52, il parle de l’oratoire du monastère. Dans les appartements modernes, il n’est pas facile de consacrer une pièce à l’oratoire, cependant il est bon d’avoir un coin prière : On n'y fera et on n'y déposera rien qui n'ait rapport à la prière. Par ailleurs, quand quelqu'un veut prier à part soi, qu'il entre simplement et prie, non à haute voix mais avec larmes et application du cœur (52, 1.4) Ce lieu, ce coin, sera l’occasion pour les enfants, et pour les parents, de venir y faire de brèves (quelques secondes ou minutes) et fréquentes visites au Seigneur.
5. Le travail
Il occupe une place importante dans notre vie. L'oisiveté est ennemie de l'âme. Aussi les frères doivent-ils s'adonner à certains moments au travail manuel et à d'autres heures déterminées à la lecture de la parole divine. (48, 1) Voilà donc les deux pôles à mettre en oeuvre, de telle manière qu’elles contribuent au développement des capacités de l’enfant (son travail scolaire qui est son devoir d’état, et le développement de ses dons) et au service de la famille par l’aide aux tâches de la maison. Les frères se serviront mutuellement et nul ne sera dispensé du service de la cuisine sauf maladie ou si l'on est occupé à une tâche vraiment nécessaire, car il en résulte un surcroît de récompense et de charité. (35, 1,2)
Le chapitre sur le dortoir (22) est ici l’occasion de rappeler l’importance du sommeil dans nos vies, surtout pour l’équilibre psychologique des enfants, il faut veiller à ce qu’il soit vraiment suffisant et bon.
6. Les punitions
Parce qu’il faut tout prévoir dans une Règle, saint Benoît a aussi un “code pénitentiel”. Il ne s’agit pas pour lui d’y codifier les punitions, mais d’indiquer une pédagogie qui, en libérant des vices, fait entrer dans la plénitude de la liberté. Au chapitre 46ème, la Règle invite le moine à s’accuser spontanément de ses manquements. S’ils sont publics, le pardon est à demander de manière publique, s’ils sont dans le secret de l’âme, alors, c’est au père spirituel qu’il faut le découvrir. Et ici Saint Benoît définit le père spirituel comme celui qui sait qui sait guérir ses propres blessures et celles des autres, sans les découvrir ni les divulguer (46, 6). Il est remarquable de découvrir ici que le but de l’accusation est la guérison de l’âme, de la relation du frère avec lui-même avec les autres. En famille, il est bon d’avoir cette possibilité de demander pardon, en distinguant bien ce qui relève du for externe (fautes publiques), et du for interne (fautes secrètes de l’âme). Ce for interne, spontanément le petit enfant le découvre à ses parents. Il est alors très important de ne pas décevoir sa confiance. Plus grand, il faudra l’aider à s’en ouvrir à un autre : le confesseur, le père spirituel. Notons au passage que les parents, responsables de l’éducation de leurs enfants, n’ont aucun droit à connaître le secret de leurs âmes. Cette ouverture du coeur, suggérée ici par saint Benoît, a donné lieu à la pratique actuelle du sacrement de confession, sacrement de la guérison.
Mais si le moine ou l’enfant ne veut pas s’amender, il faut alors sévir avec discernement. Le but, en effet, est de former le discernement et d’enraciner dans le coeur l’horreur du péché. L’arme principale est celle de l’excommunication. L’idéal de nos vies est la communion des personnes, à l’image de celle de la sainte Trinité. La communauté monastique ou familiale est le lien d’apprentissage et de réalisation de cette communion. Etre exclu de cette communion devient donc la plus grave des punitions, car elle est une forme de mort, comme le péché l’est lui-même.
Si un frère se montre contestataire, s'il refuse d'obéir, ou s'il est arrogant, ou murmurateur, ou s'il s'avère incorrigible sur un point donné de la sainte Règle ou des ordres des anciens, on l'admonestera en particulier une première et une seconde fois selon le précepte de Notre Seigneur. S'il ne s'amende pas, qu'il soit réprimandé publiquement. (23 1-3)
Avant d’en arriver à cette sentence d’excommunication, reprenant l’Evangile (Mt 18, 15 sq), saint Benoît demande que le délinquant soit repris une et deux fois avant d’être publiquement puni. Le but de cette punition est de susciter une honte qui donnera à l’enfant l’envie se corriger. Et si vraiment il ne s’amende pas, il faut alors sévir en le privant de la communion familiale, dans une mesure proportionnée à la faute. Cela pourra être une invitation ferme à quitter la table ou le lieu ou est réunie la famille, ou une privation de sortie. Saint Benoît appelle cette solitude le deuil de la pénitence (25, 3). L’excommunication pourra aller jusqu’à l’exclusion de la communauté, si toute la sollicitude de l’abbé n’a pu obtenir que le frère accepte de se corriger.
Avant tout, Saint Benoît demande beaucoup de patience à l’abbé : Qu'il sache qu'il a reçu la charge de conduire des âmes faibles et non d'exercer sur des âmes saines un pouvoir despotique. (27, 6) Et sa prière doit accompagner la fermeté dont il doit faire preuve afin que l’âme s’ouvre à la grâce. |