L'éducation des enfants à l'école de St BenoîtTroisième épisode2. L’écoute des enfants. Après avoir parlé de l’abbé, Benoît parle de la vie de la communauté, donc de la vie familiale, il intitule le chapitre 3 de sa Règle : «Le recours au conseil des frères». En effet pour souder la communauté, il est important de communiquer, de permettre à chacun de prendre la parole. S’il est une manière de faire en communauté, il est en une autre en famille, mais ce qui est intéressant dans ce chapitre, c’est le sens de l’autorité qui se dégage. Benoît veut que tous les frères soient convoqués car, dit-il, souvent le Seigneur révèle à un jeune ce qui est préférable (3, 3). Ensuite, il demande à chacun de parler avec paix : Les frères donneront leur avis en toute humilité et soumission et ne se permettront pas de défendre âprement leur manière de voir. Implicitement se retrouve là le sens de l’écoute, et plus profondément de l’écoute de ce que Dieu veut, puisque Benoît prévoit la réunion des frères pour les affaires importantes. Ce qui est sûr, c’est que la décision appartient à l’abbé, en famille aux parents, et plus particulièrement au père dont le rôle est d’être chef de famille, en étroite communion avec son épouse. Cependant c’est à lui que revient de porter le poids de la responsabilité des décisions, en prenant les moyens de parvenir à but voulu. C'est à l'abbé de décider et, selon ce qu'il aura jugé être le plus salutaire, tous lui obéiront. Mais s'il convient aux disciples d'obéir au maître, il revient à celui-ci de disposer toutes choses avec prévoyance et équité. (3, 5-6)
Cependant, l’abbé, comme le père ou la mère, n’est pas exempt de la Règle. C’est-à-dire, dans la famille, des diverses règles à laquelle elle est soumise et qui la régissent. Loi de Dieu, c’est à dire de l’amour de Dieu et du prochain, lois civiles, lois familiales. Mais, dans certains cas, on peut tout à fait imaginer, pour mieux obéir à la loi divine, de ne pas obéir à une loi illégitime, fût-elle promulguée dans un code de droit. En de telles circonstances, il faut savoir allier, ainsi que le recommande Jésus, la douceur de la colombe à la ruse du serpent. L’obéissance que les moines doivent à leur abbé ne souffre pas la contestation. Personne au monastère ne suivra la volonté de son propre coeur; et nul non plus n'osera contester avec son abbé effrontément, même hors du monastère.(3, 8-9) Mais il est permis de donner son avis au moment voulu (Chap 68), de même les enfants doivent obéir à leurs parents, et n’ont pas la permission de les contester. Cela est particulièrement important au moment de l’adolescence, mais remarquons que la décision n’est pas arbitraire, elle a été prise après une écoute, un dialogue. Saint Benoît, dans le chapitre 68ème, «l'obéissance aux choses impossibles» prévoit le cas ou un frère ne peut pas répondre à l’ordre. Il doit alors s’en ouvrir à l’abbé. S'il voit que le poids de la charge dépasse absolument la mesure de ses forces, il soumettra les motifs de son impuissance à son supérieur avec patience et en temps opportun, sans orgueil ni résistance ni contradiction.(68, 2-3) Si l’abbé persiste, alors le frère doit se persuader que la chose lui est avantageuse et il obéira par amour, confiant en l'aide de Dieu.(68, 4) Voilà en peu de mots comment une maman peut jouer le rôle de médiatrice, en introduisant l’enfant à une réalité plus haute que celle qu’il perçoit. Ce chapitre montre aussi l’importance de dire aux enfants ce qui se passe, de leur expliquer les choses. Quand le cadre est clair, les choses sont plus faciles, l’enfant est rassuré, il n’y a plus de raisons de craindre l’inconnu. L’adolescent, connaissant les limites, peut se positionner, il est lui aussi rassuré, même s’il peut l’exprimer avec des mots, des attitudes ressemblant à celles de la révolte ! 3. L’obéissance Voilà une vertu guère à la mode et pourtant si fondamentale. Pour Benoît, elle est le premier degré d’humilité. Faut-il rappeler que, dans la vie religieuse, le voeu d’obéissance conduit à devenir obéissant comme Jésus à obéi à son Père : «Il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom» (Ph 2, 8-9). Ainsi la Règle affirme : l'obéissance qu'on témoigne aux supérieurs s'adresse à Dieu (5,15) Ainsi l’obéissance rendue aux parents s’adresse bien à celui qu’ils représentent, le Père. Les parents doivent donc commander et diriger à l’image de ce que fait Dieu avec nous. Il est délicat et important de développer intelligemment ce sens de l’obéissance. L’enfant doit comprendre à qui il doit obéir, et dans quelles limites. Ainsi aux professeurs, il doit obéir dans les limites de ce qui appartient à la discipline de l’école et à la matière enseignée, aux chefs scouts ou aux responsables de colonie, l’enfant doit obéir dans le cadre de l’activité impliquée. Aux parents revient l’attention de veiller à ce que les éducateurs ne donnent pas d’enseignements contraire à la loi divine. Il est deux façons d’obéir. La bonne : Cette obéissance sera agréable à Dieu et douce aux hommes si l'ordre donné est exécuté sans tergiversation, ni lenteur , ni mollesse, sans plainte ni contradiction,... Et il faut que les disciples obéissent de bon cœur, parce que Dieu aime celui qui donne avec joie. (5, 14.16) La joie est une grande caractéristique de la vie spirituelle. Il ne s’agit pas ici d’une simple joie du sentiment, mais de la joie spirituelle, fruit de l’Esprit-Saint, manifestant un vrai attachement à la source de toute joie. Elle peut se déployer, même au cœur de la souffrance. Et une obéissance mauvaise : De fait, si le disciple obéit de mauvais gré et s'il se plaint même seulement dans son coeur, il a beau accomplir l'ordre, il ne sera pas agréé de Dieu qui voit son coeur mécontent, et pour un tel acte il n'obtient aucune récompense; bien plus il encourt la peine des récalcitrants, à moins qu'il ne se corrige et ne fasse réparation. (5, 17-19) Nous avons ici le secret du développement de la liberté intérieure. L’obéissance selon Dieu, libère de ses propres conditionnements et désirs en imprimant une orientation profonde à la volonté, celle de l’union au Père par son Fils.
|