L'éducation des enfants à l'école de St BenoîtDeuxième épisode  (1. Les qualités que doivent avoir les parents: suite!)
c. Pas de favoritisme, et l’adaptation aux différents caractères. C’est un point sur lequel saint Benoît est très sévère. En effet d’une préférence des parents peuvent naître jalousies et rivalités, et aussi de nombreuses injustices.
Que personne ne soit l'objet d'une discrimination de sa part dans le monastère. L'un ne sera pas plus aimé que l'autre, excepté celui qu'il aura trouvé meilleur dans les bonnes actions et l'obéissance... Que l'abbé ait donc pour tous une égale charité et qu'une discipline unique soit appliquée à tous, compte tenu des dispositions de chacun. (2, 16-17.22) Cette égalité de charité ne signifie pas qu’il faille faire la même chose pour tous. Bien au contraire, elle requiert une attention aux vrais besoins de l’enfant qui varient en fonction des tempéraments et de l’âge. Un peu plus loin, dans ce chapitre, Benoît revient sur cette gestion de l’unicité de chacun.
Qu'il sache aussi combien est difficile et ardue la tâche qu'il assume de conduire des âmes et de se plier aux caractères multiples : pour celui-ci la douceur, pour celui-là des réprimandes, pour telle autre la persuasion. Il se conformera et s'adaptera à tous selon les dispositions et l'intelligence de chacun... (2, 31-32)
A l’enfant, il faut expliquer que l’authentique amour des parents s’exprime différemment pour chacun, car chaque enfant est également différent. Ainsi chacun se sentira le préféré de ses parents, comme nous sommes chacun le préféré de Dieu. Cela est sans cesse à rappeler. De même que vous aimez entendre vos époux vous dire des mots d’amour, de même vos enfants ont besoin d’être encouragés, entourés, de ne pas se sentir seul. Et cela est particulièrement vrai au moment de l’adolescence ou le jeune rejette toute marque d’affection tout en éprouvant un besoin accru. C’est l’heure où les parents doivent faire appel à toute leur imagination, éclairée par l’Esprit Saint, pour trouver le bon mot, ou le bon silence, au bon moment manifestant ainsi leur présence dans la discrétion et le respect de cette personnalité en quête d’elle-même. Cet amour vital peut aussi être donné de façon très discrète par le toucher, sens si important, en posant la main sur l’épaule ou le bras de l’enfant ou en se contentant de l’effleurer.
d. Reprends, supplie, menace Et saint Benoît de revenir sur ce qui est finalement l’essentiel de l’éducation : l’enseignement que les parents ont le devoir de donner à leurs enfants. Dans son enseignement, en effet, l'abbé doit toujours observer la règle exprimée par l'Apôtre en ces termes: "Reprends, exhorte, réprimande". C'est à dire mêler selon les circonstances, la douceur à la sévérité et montrer tantôt la rigueur du maître, tantôt la bonté du père. Autrement dit, il doit reprendre vertement les indisciplinés et les turbulents, tandis qu'il exhortera les obéissants, les doux et les patients à faire de mieux en mieux. Quant aux négligents et aux arrogants, nous l'incitons à les réprimander et à les châtier. (2, 23-25) Qui faut-il reprendre ? Il doit reprendre vertement les indisciplinés et les turbulents. Qui encourager ? Il exhortera les obéissants, les doux et les patients à faire de mieux en mieux. Qui menacer ? Quand aux négligents et aux arrogants, nous l'incitons à les réprimander et à les châtier. Ces différentes catégories ne sont pas nécessairement des personnes différentes mais des états différents d’une même personne. Nous avons ici une gradation des actes que l’enfant doit clairement décoder pour forger son sens moral. Ce qui est mal, doit toujours l’être, et pour tous, sinon il faut expliquer aux enfants la différence des lieux, des temps, le pourquoi du “c’est mal” à tel moment, ou à tel endroit. Il est ici fondamental que les parents aient un discours cohérent entre eux et dans le temps. Ne pas composer avec l’indiscipline, ni avec la loi, mais encourager sans cesse celui qui s’efforce de faire le bien, l’encourager sans relâche afin de faire grandir en lui la persévérance. Si Benoît est si sévère pour les négligents et arrogants, c’est que derrière se cache l’orgueil, le plus terrible des vices auquel il faut mener un combat impitoyable, ainsi qu’à tout péché. Il ne fermera pas les yeux sur les fautes des délinquants; mais dès qu'elles paraîtront, il les retranchera radicalement, tant qu'il le peut, se souvenant des malheurs d'Héli, grand prêtre de Silo. Pour corriger les esprits droits et intelligents, il se contentera d'une ou deux admonestations; mais les mauvais, les durs, les orgueilleux et les désobéissants, il les contraindra par les verges ou par un autre châtiment corporel, dès qu'ils feront le mal, sachant qu'il est écrit : "L'insensé ne se corrige pas par des paroles" et : "Frappe de verges ton fils, et tu délivreras son âme de la mort." (2, 26-29) Là encore, le regard des parents permet à l’enfant de découvrir, ou de confirmer, si ce qu’il fait est bien ou mal, plus encore, il va chercher dans ce regard à partir de quand cela est mal. Autrement dit, l’enfant «teste» l’adulte pour connaître sa marge de manoeuvre. Il est amusant de voir comme cela est vrai -pratiquement de la même manière- chez le petit enfant qui apprend à vivre et chez l’adolescent qui apprend à gérer sa liberté, c’est-à-dire à former et écouter sa conscience. Nous reviendrons plus tard sur la question des punitions, et l’emploi qu’en propose saint Benoît.
e. Le but ultime
Qu'il le sache, il a reçu des âmes à diriger et doit donc se préparer à en rendre compte. Quelque soit le nombre des frères dont il se sait responsable, qu'il tienne pour certain qu'au jour du Jugement il devra répondre au Seigneur de toutes ces âmes, et aussi, sans nul doute, de la sienne. (2, 37-38) Le salut de vos enfants est le plus important, il est la réalisation parfaite de l’amour, il est plus important que de bonnes études, ou qu’une longue vie. C’est la qualité d’amour qui est la réussite d’une vie, et non la beauté physique ou la carte de visite. Cela fonde profondément l’égalité de tous, quelques soient les dons reçus ou non à la naissance. «Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa Justice», rappelle saint Benoît. N’est ce pas là une des raisons d’être de Spimaman ? Au postulant qui frappe à la porte, Benoît demande qu’on l'avertisse de toutes les choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu. (58,8) Apprendre à accueillir ces difficultés, à les assumer, cela fait partie de l’éducation. |