L’éducation à l’école de Saint Benoît Premier épisode
Ecoute, ô mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur. Par ces mots célèbres commence la Règle de saint Benoît. Le prologue est comme un appel pressant à la conversion, au combat spirituel. C’est à cette fin que nous voulons fonder une école ou l’on serve le Seigneur (Pr. 45) conclut saint Benoît. La famille, elle, est une école de la vie, ou l’enfant est préparé à répondre à sa vocation d’homme ou de femme, c’est à dire à servir le Seigneur selon sa mission propre. Cette similitude permet donc de lire la Règle à la lumière d’une vie familiale, et d’y trouver de précieux enseignements sur la manière de gouverner une «école du service du Seigneur». En la parcourant, nous relèverons un certain nombre de points applicables à la vie familiale.
1. Les qualités que doivent avoir les parents. Le premier chapitre de la Règle est consacré à présenter les diverses catégories de moines, et permet à Saint Benoît de dire qu’il s’intéresse à ceux qui vivent en commun, dans un monastère (1,2). Le deuxième chapitre traite des qualités que doit avoir l’Abbé, lui qui est comme le père et la mère des frères de la communauté. Nous allons donc regarder avec attention l’enseignement que des parents peuvent tirer de ce chapitre.
a. Image de Dieu
L'abbé digne de gouverner un monastère doit toujours se souvenir du nom qu'il porte et réaliser par ses actes ce titre donné au supérieur. Il est en effet considéré comme tenant dans le monastère la place du Christ, puisqu'il est appelé du même nom, selon la parole de l'Apôtre : "Vous avez reçu l'esprit d'adoption des fils, en qui nous crions : Abba, Père." (2, 1-3)
Les parents sont la première image de Dieu que reçoivent leurs enfants. Dans la famille, ils tiennent la place de Dieu parce qu’ils ont reçu de lui le don de la paternité, de la maternité. Se souvenant du nom qu’ils portent, ils doivent peu à peu orienter le regard de leurs enfants vers l’unique Père, et les conduisant ainsi à devenir leur frère, leur sœur, c’est à dire à en faire d’authentiques adultes, en leur apprenant à dire «Abba, Père». Du Père vient toute paternité ; le Fils, s’étant fait l’un d’entre nous, est le modèle à suivre ; l’Esprit, c’est l’amour qui préside à tous les actes de la vie. Lien d’amour entre le Père et le Fils, son image se trouve dans le lien d’amour qui unit le père à la mère et vice-versa. Lien qui est tout à la fois spirituel et charnel, selon les deux dimensions de l’être humain : corps et esprit. L’origine de l’enfant se situe précisément dans ce lien dont il est issu, et si la génération selon la chair n’a pas pu s’accomplir, c’est encore plus dans ce regard d’amour de l’homme vers sa femme et de la femme vers son mari que l’enfant est déjà voulu, attendu, élu, accueilli. En effet pas un de nous est arrivé à l’existence sans avoir été voulu par Dieu, c’est à dire aimé pour lui-même. b. Devoir d’enseigner
L'abbé ne doit rien enseigner, rien établir ni prescrire qui ne soit conforme aux préceptes du Seigneur; mais ses ordres et son enseignement répandront un ferment de sainteté dans l'esprit des disciples. (2, 4-5)
En naissant l’enfant ne sait absolument rien, certes il a bien quelques réflexes vitaux : respirer, manger... mais il va falloir lui apprendre le monde des hommes, celui de Dieu. Apprendre le mystère de sa vocation propre, celui de la sainteté, but ultime de nos vies. Découvrir le mystère de notre monde engagé dans le combat spirituel et apprendre les moyens de mener le «bon combat». Alors, il faut «à temps et à contre-temps» enseigner à l’enfant la manière de bien se comporter, de bien prendre soin de lui, de bien se conduire avec les autres, avec Dieu, et en fin de compte d’apprendre à aimer en vérité. Mais que signifie aimer, cet acte est le plus fondamental et le plus méconnu ? Nous agissons toujours en vue d’un bien, mais est-ce un vrai bien ? C’est à l’aune des préceptes du Seigneur que cela doit se mesurer. C’est à dire à celle de l’Evangile tel que l’Eglise nous le transmet et nous l’interprète ; à celle aussi d’une intelligence bien formée, éclairée par l’expérience et la prière, et en fin de compte à celle de la conscience bien formée dont Saint Thomas nous dit qu’elle oblige. Cette formation à la liberté amènera l’enfant, devenu adulte, à faire un choix de vie : la réalisation de sa propre liberté en devenant ce qu’il est, ou bien le refus de cette liberté si difficile à assumer. L’enjeu est grave, il s’agit tout simplement de la vie éternelle.
Celui qui a reçu le nom d'abbé doit diriger ses disciples par un double enseignement, c'est à dire montrer tout ce qui est bon et Saint par des paroles et plus encore par des actes; en paroles il proposera aux disciples réceptifs les commandements du Seigneur, tandis qu'à ceux qui sont durs de coeur ou plus frustres, il manifestera par ses actes les préceptes divins. Tout ce qu'il aura déclaré aux disciples leur être interdit, il montrera par ses actes qu'il ne faut pas le faire, de peur qu'après avoir prêché aux autres il ne soit lui-même condamné et que Dieu ne lui dise un jour, à lui qui est en faute : "Pourquoi proclamer mes lois et avoir mon Alliance à la bouche ? Toi, tu haïssais la discipline et rejetais derrière toi mes paroles." Et : "Toi qui voyais une paille dans l'oeil de ton frère, tu n'as pas vu la poutre dans le tien ?" (2, 11-15)
La manière d’enseigner est double. Par la parole, tout d’abord, elle énonce les règles, les lois, et ici la parole du père est primordiale. Pour avoir toute sa valeur, il faut que les parents eux-mêmes, malgré leur faiblesse, vivent de cette Parole ; autrement dit qu’ils la manifestent par leurs actes, car la loi est aussi vraie pour eux, même si elle s’applique dans une mesure autre. Cette deuxième manière, l’exemple, est particulièrement importante, nous dit saint Benoît, pour les cœurs durs ou simples, et là nous pouvons particulièrement penser aux petits enfants (cœurs simples) et aux adolescents (cœurs durs ... au moins en apparence). Les parents, à l’image de l’abbé doivent donc être doctes dans la loi divine pour savoir où puiser « le neuf et l'ancien » (64, 9). Pensons à l’importance des histoires que l’on raconte, des livres lus, des films vus. Les parents ne peuvent par eux-mêmes donner tout l’enseignement voulu, ils se font aider par quantité d’éducateurs : l’école, les amis, les livres, la télévision, internet... Ici intervient donc un discernement à faire sur le choix de l’école, des amis, des lectures et, plus difficile, de ce qui est regardé. Il n’est pas toujours facile de veiller à tout cela. C’est pourquoi le dialogue est fondamental, afin de faire réfléchir l’enfant, lui apprendre à discerner le bien du mal, à dire bien ce qui l’est et mal ce qui l’est, parfois à contre courant de l’opinion commune, et enfin à l’inciter à «choisir le bien et rejeter le mal». (Ps 34, 15) |