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LES MYSTERES JOYEUX Convertir en PDF Version imprimable
Écrit par Soeur Alexandra-Dominique   

 Méditations des mystères joyeux


L'ANNONCIATION

Lc 1, 26-38 26 Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, 27 à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. 28 Il entra et lui dit : "Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi." 29 A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. 30 Et l’ange lui dit : "Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31 Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. 32 Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; 33 il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin." 34 Mais Marie dit à l’ange : "Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ?" 35 L’ange lui répondit : "L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. 36 Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ; 37 car rien n’est impossible à Dieu." 38 Marie dit alors : "Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole !" Et l’ange la quitta.

La première parole de l’ange est une invitation à la joie : « Réjouis-toi »... Au sens réel, l’Evangile commence par une cette salutation, son premier mot est « joie » ‑ la joie nouvelle qui vient dissiper l’immense tristesse ancienne. ...invitation à se laisser combler de joie au plus intime de l’être. Laisser la joie de Dieu pénétrer nos souffrances, nos lassitudes, nos peurs, notre découragement, nos soucis, l’obscurité... Mais comment se réjouir en ce rude monde de souffrance et de combat ? La réponse est simple... parce que « Le Seigneur est avec toi ».

Demandons à Marie de nous faire saisir de l’intérieur que cette salutation est aussi pour nous... A travers Marie, c’est à nous qu’elle est adressée... Jésus est venu pour nous, il est l’Emmanuel, le « Dieu avec nous », qui veut demeurer en nous, et qui nous dit comme à Marie, comme à Zachée « il me faut aujourd’hui demeurer chez toi » (Lc 19, 5).

Et si nous avons du mal à croire que cette salutation est pour nous... Ecoutons la suite... Laissons-nous rassurer : « sois sans crainte ». Nous avons tellement besoin d’être rassurés et c’est d’ailleurs ce que nous demandons lors de chaque eucharistie « Rassure nous devant les épreuves... ». Entendons Dieu nous dire « tu as trouvé grâce auprès de Dieu », c’est-à-dire « je te donne toutes les grâces dont tu as besoin, viens y puiser, appuie toi sur elles »... Et dans la lumière de l’annonciation, combien il devient encourageant d’entendre les paroles de saint Paul dans la deuxième lecture de la messe de ce premier dimanche d’avent : « Dans le Christ, vous avez été comblé de toutes les richesses » (1 Co 1, 5), « aucun don de la grâce ne vous manque à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ » (1 Co 1, 8).

A nous de répondre avec Marie, "Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole !"... non pas selon « mon » projet Seigneur, mais « selon ta parole ».

 

 

LA VISITATION

En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth. Et il advint, dès qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Elisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur, (...) oui désormais toutes les générations me diront bienheureuse ! »

Nous sommes habitués à trouver normale la joie de Marie après l’annonciation, normale son exultation lors de la visitation à sa cousine Elisabeth. Après tout, comment ne pas être joyeuse d’attendre un enfant, et surtout si cet enfant est le sauveur ? Comment ne pas être joyeuse devant tant d’amour gratuit de la part du Seigneur ? Cela est vrai.

Mais il ne faut pas oublier que cette joie a de quoi être obscurcie. Tout d’abord, Marie doit faire un acte de foi au point de départ, pour « croire » qu’elle est bien enceinte, et croire qu’il s’agit bien du Fils de Dieu. La nouvelle dépasse tellement tout ce que l’on peut imaginer qu’elle aurait de quoi semer le doute dans le cœur de Marie... et non seulement semer le doute... mais la peur et l’anxiété devant la gravité d’une telle mission. Il faut ajouter à cela que la nouvelle lui créé des problèmes importants... Joseph n’a-t-il pas tout d’abord décidé de la répudier sans bruit (Mt 2, 19) ? Tout cela aurait de quoi la plonger dans une angoisse profonde devant l’avenir, l’empêchant de rendre grâce et de se mettre joyeusement au service de sa cousine Elisabeth. Mais c’est là que Marie nous enseigne la joie que nous pouvons puiser dans l’abandon, la foi, et l’offrande, cette joie qui naît de l’action de grâces. Marie nous apprend au milieu de nos épreuves et soucis, parfois écrasants, à garder un cœur qui sait remercier. La souffrance n’est pas supprimée, le poids de ce que nous avons à porter se fait toujours sentir, mais ils sont comme transfigurés par une paix et une espérance qui viennent du Seigneur.

Commentant le psaume 135, le Pape Benoît XVI nous invitait à faire mémoire du « bien » : « Le danger que nous courons est que la mémoire du mal, des maux subis, soit souvent plus forte que la mémoire du bien. Le psaume sert à réveiller en nous également la mémoire du bien, de tout le bien que le Seigneur nous a fait, et nous fait, et que nous pouvons voir si notre cœur est attentif : c’est vrai la miséricorde de Dieu est éternelle, elle est présente jour après jour ».

Demandons donc à Marie, la femme « eucharistique » - c’est-à-dire, la femme de l’action de grâces et de l’offrande‑ de nous donner ce regard qui sait découvrir le bien que nous fait le Seigneur... à travers un sourire, la beauté d’un paysage, le parfum d’une fleur, le rire d’un enfant, l’attention délicate d’une amie, la lumière du soleil... et arrêtons nous chaque jour un instant pour prendre le temps de remercier concrètement le Seigneur pour tout le bien qu’il nous fait...

 

 

LA NATIVITE

Luc 1, 4-12 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, -parce qu’il était de la maison et de la lignée de David - afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle. Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L’Ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : "Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David.

En ce mystère, nous contemplons le sauveur qui vient au monde par Marie. Et Marie nous invite à la laisser enfanter Jésus en nos cœurs...Nous avons tellement besoin de la présence de l’Enfant-Dieu parmi nous. Mais l’invitation de Marie ne s’arrête pas là. En effet, elle nous entraîne à suivre ses traces, à oser désirer être nous aussi « mère du Seigneur ». Elle nous redit les paroles de Jésus : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (Lc 8, 21). Tel était bien l’invitation du Pape Benoît XVI dans son homélie pour l’entrée en avent : « dans un certain sens, le Seigneur désire toujours venir à travers nous. Et il frappe à la porte de notre cœur : es-tu disposé à me donner ta chair, ton temps, ta vie ? Telle est la voix du Seigneur, qui veut entrer également dans notre époque, il veut entrer dans l’histoire humaine à travers nous. Il cherche également une demeure vivante, notre vie personnelle. Voilà la venue du Seigneur. C’est ce que nous voulons à nouveau apprendre pendant le temps de l’Avent : que le Seigneur peut venir également à travers nous. » Demandons à Marie de nous apprendre cette disponibilité du cœur qui fit d’elle la Mère du Seigneur. Puisse-t-elle demander à l’Enfant Jésus de se donner au monde à travers nous, quelques soient nos pauvretés et nos imperfections.

 

 

LA PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE

Son père et sa mère étaient dans l’émerveillement de ce qui se disait de lui. Syméon les bénit et dit à Marie sa mère : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, - et toi-même, un glaive te transpercera l’âme ! - afin que se révèlent les pensées d’un grand nombre. » Lc 2, 34-35

Ces versets sont mystérieux. Comment comprendre l’incise ‘et toi-même, un glaive te transpercera l’âme !’ et pourquoi intervient-elle en cet endroit de la phrase ?

Commençons par regarder la péricope de Luc sans son incise : ‘Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, afin que se révèlent les pensées d’un grand nombre’.

Il est facile de comprendre que Jésus amène la chute ou le relèvement : la chute pour ceux qui refusent de l’accueillir comme sauveur, le relèvement pour ceux qui s’ouvrent à son salut. Jésus disait lui-même à ses disciples : ‘Heureux celui pour qui je ne serai pas occasion de chute’ (Lc 7, 23). De même, nous constatons aisément combien Jésus a été un signe en butte à la contradiction : en lisant les évangiles, nous mesurons la contradiction endurée par Jésus, contradiction qui culmine à la Croix où se déploient tant de violence et d’hostilité, tant d’abandons et d’humiliations contre Lui. L’épître aux Hébreux nous parle de Jésus comme de celui qui a enduré la contradiction et nous invite à puiser du courage à cette pensée quand le découragement nous guette : ‘Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes. Vous n’avez pas résisté jusqu’au sang dans la lutte contre le péché.’ (He 12, 3-4) Dans cette lutte jusqu’au sang, comment ne pas penser à l’agonie de Jésus qui, ‘en proie à la détresse, priait de façon plus ardent, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre.’ Nous apprenons au cœur des évènements douloureux de notre vie que la Croix est le lieu où nous buttons sans cesse, le lieu où se révèlent les pensées les plus intimes de nos âmes : le lieu de l’acceptation ou du refus du mystère rédempteur du Christ.

Revenons maintenant à l’incise qui nous interroge : ‘et toi-même, un glaive te transpercera l’âme !’

Plusieurs interprétations sont possibles.

La plupart des Pères de l’Eglise ont vu dans ce passage l’annonce du mystère de la Compassion de Marie. Son cœur est si proche de celui de son fils, il ne fait tellement qu’un avec lui, qu’elle veut être associée à sa Croix, et par là même souffrir avec Jésus cette contradiction dont parle Syméon. Tel est le sens de la présence de Marie à la Croix, debout, participant à l’œuvre de son fils, et devenant notre mère à tous en acceptant de devenir la mère de Jean. Nous ne lisons pas que Marie eut le cœur transpercé à la Croix, et cependant, lorsque le glaive pénètre le cœur de Jésus (Jn 19, 34), c’est aussi son cœur qu’il touche tant il ne fait qu’un avec celui de Jésus : ‘et toi-même, un glaive te transpercera l’âme !’ Et ainsi, Marie prie et offre pour que nous nous ouvrions au mystère rédempteur de Jésus, elle offre son cœur transpercé pour nous acceptions de recevoir le Christ du plus profond de nos vies. Et lorsque nous le refusons, elle souffre avec son fils, et lui offre son cœur transpercé et douloureux pour notre conversion.

Il convient de lire en écho un passage de l’épître aux Hébreux (He 4, 12) : “Vivante est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’un glaive à deux tranchants. Elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger des sentiments et des pensées des cœurs.”

L’image de la Parole de Dieu vue comme un glaive tranchant revient souvent dans le Nouveau Testament (voir par exemple : Ap 1, 6 ; Eph 6, 17) Dans cette lumière, nous pouvons comprendre que Marie est celle qui a su accueillir le glaive la Parole de Dieu et s’y ouvrir de façon si plénière qu’il a pénétré jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit et lui a ainsi transpercé mystiquement le cœur, la rendant semblable à son Fils. Marie s’est laissée jugée par la Parole, elle en a fait la mesure de sa vie et de ses intentions profondes. Ainsi rendue transparente à la Parole de Dieu, Marie devient elle aussi « un signe en butte à la contradiction ... afin que se révèlent les pensées d’un grand nombre ». C’est l’expérience que nous pouvons faire dans nos vies lorsque nous choisissons la voie de la folie de l’évangile et que nous laissons la Parole de Dieu être la mesure de nos choix, de nos actions... Nous aussi pouvons devenir signe en butte à la contradiction et entrer dans ce grand mystère de compassion (dans le sens de souffrir avec cum patire), où nous partageons un peu du poids de la Croix de Jésus...

 

 

LE RECOUVREMENT DE JESUS AU TEMPLE 

Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Et lorsqu’il eut douze ans, ils y montèrent, comme c’était la coutume pour la fête. Une fois les jours écoulés, alors qu’ils s’en retournaient, l’enfant Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances. Ne l’ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem. Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. A sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit : "Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés." Et il leur dit : "Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ?" Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son coeur. Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. ( Lc 2, 41-52)

 

« Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. » Il nous est facile de comprendre l’inquiétude de Marie et de Joseph, d’autant plus qu’à 12 ans, Jésus est encore jeune. Marie et Joseph décrivent à Jésus leur état par le mot « angoissé » dont le sens est fort, mais pour nous, paradoxalement réconfortant. Oui, il est réconfortant de penser que Marie a connu cette même souffrance angoissée que nous pouvons ressentir parfois face aux évènements, et en particulier, en ce qui concerne nos enfants. Cette dizaine peut donc être récitée en offrant à Marie nos inquiétudes pour nos enfants, demandant à Marie qui souffre avec nous, de nous aider à tout remettre avec confiance entre les mains du Père.

« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? » La question est sans révolte, mais résonne de la douceur peinée de Marie qui ne comprend pas. Nous avons le droit, comme Marie, de dire doucement à Jésus « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? »... « Mon enfant », parce que celui qui fait la volonté de Jésus est pour lui, une mère, un frère, une sœur (Mt 12, 50). Et cette interrogation douloureuse « pourquoi nous as-tu fait cela ? », parce qu’aussi, parfois, nos prières semblent rester sans réponse... Pire encore, alors que nous cherchons de tout cœur à vivre selon la vérité de Dieu, nous sommes frappés par l’absurde de l’épreuve (deuil, maladie, travail, échec...). Nous pouvons donc réciter cette dizaine en portant doucement dans notre cœur la même interrogation de Marie, et en lui demandant d’intercéder auprès de son Fils pour que la lumière se fasse.

« Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ?  » Par cette question « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? » - dont Jésus connaît bien la réponse - le Christ pousse Marie et Joseph à passer du registre de leur inquiétude humaine légitime à celui de l’abandon au Père. Jésus est bien leur fils, mais il est avant tout le Fils du Père, et c’est en premier lieu dans sa maison qu’il doit servir. Jésus prépare ainsi Marie au grand dépouillement qu’elle vivra à la Croix où il lui faudra offrir son fils. Nos enfants nous sont confiés par le Seigneur, et nous devons tout faire pour eux avec cœur et engagement. Mais en même temps, ils appartiennent en premier lieu au Père du ciel. Notre tâche est de les conduire à vivre de cette paternité de Dieu sur eux, de nous effacer pour qu’ils découvrent leur véritable personnalité et vocation d’enfants de Dieu. Nous pouvons réciter cette dizaine en demandant à Marie la grâce d’accepter de remettre nos enfants au Père du ciel et la grâce de pouvoir leur faire découvrir cette paternité du Père des cieux qui ne porte pas ombre à la paternité et à la maternité humaines. Enfin, nous pouvons prier pour les parents qui n’arrivent pas à accepter la vocation sacerdotale ou religieuse de leur enfant.

« Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. » Commentant cette phrase, le futur pape Benoît XVI écrivait : « Même pour l’homme de foi, totalement ouvert à Dieu, les paroles divines ne sont pas entrées de jeu obvies et évidentes. Requérir du message chrétien une intelligibilité immédiate, semblable à celle que l’on attend des réalités banales, c’est barrer le chemin à Dieu. Là où fait défaut l’humilité de la réception du mystère, la patience d’accueillir en soi l’insaisissable, avant de le porter en soi et de le laisser peu à peu ouvrir à lui, la semence de la Parole tombe sur le roc ; il n’a pas de racines. » (J. Ratzinger, « Tu es pleine de grâce », in J. Ratzinger, H.-U. von Balthasar, Marie, première Eglise, Médiaspaul, Paris, 1998, p. 72). En récitant cette dizaine, demandons à Marie de nous apprendre cette humilité et cette obéissance confiante qui nous donnerons d’accueillir avec foi l’entier message chrétien, même si nous ne comprenons pas tout...

« Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son coeur. » Est-ce à dire qu’une fois l’incartade passée, Jésus se « rachète » en étant sage et soumis ? Non... le sens de cette soumission est bien plus profond. Le père Francis Frost, professeur de théologie de l’Eglise au séminaire d’Ars donne une belle explication : « En se laissant douloureusement chercher au Temple, la maison de son Père, par sa mère et son père nourricier, et par la parole qu’Il leur dit à cette occasion, Jésus affirme, du fait de sa filiation divine, la primauté absolue de la paternité divine sur la « parentalité » à son égard de Marie et de Joseph. Mais la suite de son comportement montre que c’est justement sa conscience claire de cette primauté qui lui permet de conférer à l’autorité de Marie et de Joseph un caractère sacré. » (F. Frost, L’Eglise se trompe-t-elle depuis Vatican II ?, Salvator, Paris, 2007, pp. 73-74.) L’expérience de la paternité du Père des Cieux donne un nouveau regard sur la « parentalité » terrestre. Elle peut nous aider à en découvrir le caractère sacré, mais également nous guérir des blessures que cette dernière aurait pu laisser en nous. Nous pouvons réciter cette dizaine en confiant nos enfants à Jésus - et peut-être ceux avec lesquels nous peinons davantage - lui demandant de leur faire expérimenter la douceur et la force de la paternité du Père, pour qu’ensuite, ils puissent être soumis joyeusement à leur père et mère de la terre, et ainsi « grandir en en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » Et nous en profiterons aussi pour confier nos parents au Seigneur...

 

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