Is 35, 1-4.
Le sapin de Noël puise ici sa signification chrétienne : dans la nuit de Noël, le Verbe se fait chair pour venir nous sauver, nous qui étions perdus depuis le péché d’Adam. Ainsi, les jeux de mystères à la porte des Eglises rappelaient aux fidèles cette bonne nouvelle : un sauveur vous est né, entrez dans l’Eglise, allez à sa rencontre puiqu’il est venu jusqu’à vous...
Se préparer à Noël, c’est donc se préparer à accueillir notre Sauveur... « mon » Sauveur, et « mon » Seigneur.
Pour cela, cela suppose humblement de reconnaître que j’ai besoin d’être sauvée... que je suis pauvre, faible, pécheresse, et que sans la venue de Jésus, je ne peux être sauvée.
L’Avent est donc une période privilégiée pour cette démarche humble et belle du sacrement de la Pénitence, par laquelle, nous reconnaissons que l’Incarnation n’est pas vaine, que nous avons besoin de nous approcher de notre Sauveur pour lui demander de remettre nos péchés. La démarche n’est certes pas toujours facile... Elle demande l’humilité, la simplicité d’aller trouver un prêtre... mais n’ayons pas peur... Et pensons que notre Dieu s’abaisse jusqu’à nous avec tendresse, tel ce petit enfant de la crèche qui nous tend les bras, paisiblement.
Puisse le sapin de Noël qui trônait jadis au centre des jeux de mystères de Noël, nous inviter à chanter avec Marie dans son Magnificat :
« Il s’est penché sur son humble servante,
désormais tous les âges me diront bienheureuse ». Lc 1, 48
3. Arbre de vie!
Au fur et à mesure des ans et des siècles, les jeux de mystères de Noël s’enrichirent et le sapin qui représentait l’arbre du fruit défendu se chargea d’une signification plus profonde.
Sur le sapin dressé, à côté de la pomme, on se mit à suspendre aussi une hostie (non consacrée bien sûr !) qui symbolisait la nourriture qui ouvre à la vie éternelle, et qui ôte le pouvoir mortel du fruit défendu. L’hostie symbolisait également le corps de celui qui prend chair, et se fait petit enfant pour nous. Le corps de Jésus offert à la nativité, le corps de Jésus offert à l’Eucharistie (c’est-à-dire le corps de Jésus offert à la Croix) apparaissaient comme l’antidote du fruit de la mort.
De cette belle symbolique eucharistique en découlait une autre. Le sapin, en offrant l’Eucharistie, symbolisait aussi l’arbre de la Croix. On passait de l’arbre qui fait tomber l’homme à l’arbre de la Croix qui le relève, on passait du fruit qui donne la mort à la nourriture eucharistique qui rend la Vie.
Une note de gravité était mêlée à la joie de Noël. La présence de la Croix se profilait déjà. Ce symbolisme se faisait tout simplement l’écho des évangiles qui rapportent, au cœur des récits de la naissance du Christ, le massacre des saints Innocents, et la prophétie de Syméon. Ce symbolisme résonnait également en concordance avec la liturgie de Noël qui fête le martyre de Saint Etienne dès le 26 décembre, et celui des Saints Innocents, le 28 décembre.
Cette note de gravité que rappelle notre sapin vient donc - non pas ternir - mais enrichir le mystère de Noël, et peut nous aider à vivre « mieux » cette grande fête.
Si ces fêtes sont joyeuses, et si la joie des enfants est émouvante... les fêtes de Noël sont aussi souvent des moments qui peuvent raviver émotions et souffrances : souvenirs d’enfance, blessures de certaines désunions familiales, raviver aussi la souffrance du deuil de certaines personnes aimées et proches, de membres de nos famille, et surtout des enfants que certaines mamans auraient pu perdre, réveiller un sentiment de solitude, ou aviver la tristesse de ne pas se sentir exaucée du Seigneur sur telle aspiration légitime... ou encore allumer le triste sentiment de notre indignité face à tant d’amour divin... Bref, en un mot, il n’est pas toujours facile d’allier la joie de Noël et les souffrances de nos vies... Il n’est pas toujours facile de savoir se réjouir.
Mais le sapin de Noël, en représentant l’arbre de la Croix - l’arbre eucharistique -,nous enseigne que ce petit enfant de la crèche nait précisément pour prendre sur lui notre condition : pour partager nos souffrances, pour les prendre sur lui et les associer au grand mystère de la Rédemption... Aussi, le rappel de nos souffrances ne devient plus quelque chose d’extérieur à Noël, mais la « matière » qui doit être illuminée par la grâce de la naissance de notre rédempteur.
Ce petit enfant qui vient en cette nuit de Noël désire se faire proche. Il se donne à nous pour nous consoler dans le silence de la foi, pour nous donner la force de continuer la route qui est la nôtre, pour nous redonner l’espérance grâce à son amour.
La communion de Noël - par le désir ou en acte - devrait alors revêtir une profondeur particulière, celle de la descente du Christ Sauveur au cœur de notre vie telle qu’elle est dans sa simplicité, avec ses joies et ses peines, présence à laquelle il nous revient de dire « oui ».
Mystère qui nous appelle à entrer à la suite de Jésus, petit et pauvre à la crèche, souffrant et livré à la Croix, mais rayonnant d’un tendre et grave amour qui attend notre réponse, instant après instant.
4. Transparence ou écran?
Fin XV°, début XVI°siècle, en Alsace, à Strasbourg, puis en Allemagne, le sapin qui était au départ à l’extérieur de l’Eglise, passa progressivement à l’intérieur de la maison.
Au départ, la décoration du sapin se limitait aux pommes et aux hosties. Passé à l’intérieur des maisons, peu à peu, le sapin devint un élément décoratif festif. On commença par remplacer les hosties par des gâteaux de Noël dont les motifs représentaient Adam et Eve. D’autres éléments furent progressivement ajoutés et devinrent populaires :
Des roses découpées dans du papier multicolore. La rose est un vieux symbole de Noël qui remonte à Isaïe 11, 1 où l’on annonce que le rameau de la souche de Jessé fleurira (on retrouve ici l’ancêtre du sapin, notre branche fleurie évoquée pendant la première semaine de l’avent).
Des fines feuilles de métal dorées qui représentaient l’or des rois mages.
Des bougies pour symboliser que le Christ vient dans notre monde comme « la lumière qui luit dans les ténébres » (Jn 1, 5). (L’usage des bougies faisant du sapin « l’arbre de lumière » est plus tardif : à partir du XVIII° seulement.)
Une étoile qui rappelait l’étoile des Mages.
Plus tardivement encore, les pommes et les feuilles d’or seront remplacées par des boules de verres colorées.
En France, en dehors de l’Alsace, un sapin fût dressé en 1840 aux Tuileries, mais ce n’est qu’après 1870 que la coutume se popularisa dans les foyers. En Angleterre et en Amérique, le sapin se développa également au XIX°.
Par les multiples ajouts décoratifs, et avec la popularisation de ‘l’arbre de Noël’, la symbolique chrétienne du sapin devint plus lointaine, pour se perdre progressivement.
A l’image du sapin, nos vies peuvent être soit transparence du Mystère de Dieu, soit écran, parce que la lumière de la grâce n’arrive pas à percer au milieu des « ajouts décoratifs superficiels » de nos vies.
Puissions-nous, en ces fêtes de Noël, accueillir l’Enfant Dieu en désemcombrant notre âme, afin de faire de notre vie une transparence dans laquelle se réfléchit l’unique splendeur de Dieu.
Nous tous qui, le visage découvert,
réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur,
nous sommes transformés en cette même image,
allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est Esprit.
2 Co 3, 18.